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Le nomadisme digital, l’avenir de la femme de marin ?

Si tu me lis régulièrement, tu commences à connaître Amandine, dont je t’ai déjà parlé ici et . Amandine, c’est cette femme qui souffre d’avoir sacrifié sa vie au profit de la carrière de son marin. Une épouse qui peine à comprendre les motivations de celui qu’elle aime. Et une maman qui a l’impression que l’épanouissement professionnel du père de ses enfants est un frein au sien.

La Marine a fait d’elle une femme indépendante au quotidien (elle ne s’en rend certes pas toujours compte, mais c’est une autre histoire). Pourtant, il y a une indépendance qui semble hors de sa portée : l’indépendance financière. En changeant de port tous les 3 ans, elle n’a pas de situation stable. Sa famille dépend exclusivement des revenus d’Arthur.

Il y a 10 ans, elle avait des ambitions. Aujourd’hui, la perspective d’avoir un boulot qui la passionne et qu’elle puisse poursuivre au gré des mutations lui semble inaccessible…

Pourtant, il y en a une qui semble avoir trouvé la solution ! Rencontre avec Constance, femme de marin de 27 ans, freelance dans le marketing digital.

Changement de Marine

Quelle était ta situation quand tu as rencontré ton marin ?

Quand nous nous sommes rencontrés, j’avais 20 ans et j’étais en école de commerce à Paris. J’allais rentrer en deuxième année. Je vivais chez mes parents en banlieue parisienne. Une vie d’étudiante plus que classique !

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Pour suivre son marin, Constance a fait le choix de travailler à son compte.

Et lui, était-il déjà engagé ?

Non ! Il avait également 20 ans et était à l’école de la Marine Marchande, à Saint-Malo. Il avait son appartement et, même avec un papa dans les Troupes de Marine, il ne pensait pas rentrer dans l’armée un jour.

Mais, avec la crise pétrolière, le changement des politiques de recrutement des compagnies et l’évolution de notre couple, ses envies ont changé. Il souhaitait rester en mer mais voulait être “plus stable”. Il est donc entré à Maistrance assez tard.

Plus stable ? Ce n’est pas à la Marine que j’aurais pensé pour la stabilité !

Pourtant la Marine marchande l’est beaucoup moins que la Marine Nationale ! Dates des départs et des retours modifiées (beaucoup plus que dans l’armée) avec des décalages jusqu’à un mois, des blocages en transit entre le bateau et l’aéroport… Sans parler de la stabilité de l’emploi : il pouvait changer de bateau toutes les deux semaines, comme tous les six mois.

Dans la Marine Nationale, les affectations durent au moins deux ans. Et, quand il y a des changements de planning, les familles peuvent être accompagnées. Donc, oui, c’est définitivement plus stable !

La distance dans l’ADN

C’est donc à distance que vous avez construit votre couple ?

C’est ça, lui à Saint-Malo et moi à Paris. Le manque de l’autre fait partie de l’ADN de notre couple en fait ! Mais ça ne veut pas dire que ça a été simple… Pendant notre deuxième année ensemble, nous ne nous sommes que très peu vus. J’ai passé 6 mois à Helsinki puis 6 mois à Barcelone, dans le cadre du programme Erasmus. Lui avait ses stages de la Marine Marchande, il est parti en mer presque toute l’année.

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La distance et le manque ont toujours fait partie de la relation entre Constance et son marin.

De mon côté, en attendant qu’il termine ses classes, j’avais obtenu mon double diplôme école de commerce / école de multimédia. Je travaillais en tant que chef de projet digital dans une startup d’expertise-comptable à Paris. 

Ce n’est qu’en 2019 que nous avons décidé de sauter le pas. Nous nous sommes pacsés et je suis venue m’installer à Brest avec lui. J’ai donc quitté ma famille, mes amis, et mon travail pour le suivre.

Cela faisait quelques temps que je réfléchissais à m’installer en indépendante mais je n’osais pas franchir le pas. Le déménagement a été l’élément déclencheur. En septembre 2019, je suis donc devenue chef de projet freelance dans le marketing digital.

Quotidien professionnel

En quoi consiste ton métier ?

Des entreprises, PME, indépendants ou startups font appel à moi pour des missions qui touchent au marketing digital. Création de site internet, de newsletters, rédaction de contenus web, stratégies digitales, SEO, visibilité sur internet : ce sont mes missions.

Plus concrètement, tous mes objectifs tournent autour du référencement naturel. Tu sais, lorsque tu es sur Google, que tu as fait une recherche et que tu cliques sur un des premiers liens de la page ? Mon métier, c’est que le site que je crée et/ou que je gère se trouve en haut de la première page de Google.

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Constance est spécialisée dans le marketing digital, qui consiste notamment à optimiser le référencement naturel des sites web.

Peux-tu nous décrire ta journée type ?

En réalité, je n’ai pas vraiment de journée type. Selon mes clients, mes missions et mes envies, mes journées sont toutes très différentes. Comme je travaille pour moi et que je suis mon propre patron, je gère seule mon organisation et mes horaires de travail.

Si je dois faire des courses et que je ne veux pas me retrouver au moment où il y a le plus de monde, je fais une pause et j’y vais en pleine matinée. J’ai besoin de prendre l’air ? Je vais marcher quelques dizaines de minutes et reviens reboostée pour le reste de la journée.

En revanche, notamment lorsque mon marin n’est pas là, il m’arrive souvent de travailler tard le soir ou durant le weekend.

Freelancing…

Ton choix du freelancing est-il lié à la profession de ton conjoint ?

Oui et non. J’avais déjà en tête de me mettre en indépendant mais je n’osais pas sauter le pas. D’ailleurs, en 2019, avant de déménager, je me suis posé la question entre chercher un travail à Brest et créer ma boîte.

J’ai donc établi une liste avec les « pour » et les « contre » de chaque solution. En voyant que tout serait plus simple pour les futurs déménagements, pour travailler quand et où je le voulais en fonction des missions et vacances de mon marin, j’ai décidé de créer mon entreprise. 

Quels sont les avantages de ton métier dans ta vie de femme de marin ?

Le principal avantage est de pouvoir gérer mon organisation et mon temps de travail en fonction des départs en mer, des escales et des vacances de mon marin. Quand il est en mission, je suis plus disponible pour mes clients. A contrario, lorsqu’il est à la maison, je peux lui accorder plus de temps et caler mes horaires de travail sur les siennes.  

Par ailleurs, avec l’armée, on le sait, il est souvent difficile de prévoir des vacances à l’avance. Depuis que je suis en indépendant, je ne me pose plus la question. Le départ en mer est avancé de quelques jours et modifie nos dates de vacances  ? Pas de souci, je m’adapte et je m’organise en conséquence.

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Constance peut travailler de n’importe où ! Un avantage indéniable quand on vit avec un marin.

… et nomadisme digital

Concernant la mutation, mon métier se fait à distance et je travaille déjà avec des sociétés dans toute la France. Alors, oui, cela modifiera sûrement certains contrats, mais ce sera également l’occasion de faire de nouvelles rencontres pros.

Et, pour ne rien gâcher, je suis pleinement épanouie dans ce que je fais. Et cela m’a notamment permis de faire de très belles rencontres à Brest. C’est principalement via mes clients que je fais de belles rencontres, professionnelles ou personnelles.

On peut dire que tu es une « digital nomad » ?

En effet, je peux travailler de n’importe où. Lorsque mon marin est en mission, j’en profite pour aller voir ma famille, des amis. Je peux aussi le rejoindre en escale sans aucune contrainte, tout en continuant de travailler.

« Nomade digital, ou « digital nomad » en version originale : c’est le terme qui qualifie les personnes exerçant un métier numérique leur permettant de travailler à distance et de voyager. »

www.fedbusiness.fr

Quels en sont les inconvénients ?

Il s’agit essentiellement de ceux inhérents à la vie d’entrepreneur. Il y en a un particulièrement important lorsque l’on est femme de marin : la solitude. Travailler seule et être seule à la maison est parfois pesant, surtout en fin de journée.

Au début, il m’est d’ailleurs arrivé de vouloir baisser les bras et tout abandonner. Il est donc très important d’être bien entourée. Et de ne pas négliger les aides à la création d’entreprise proposées par la région ou d’autres organismes. Je conseille aussi d’essayer de travailler à plusieurs, dans un espace de coworking ou dans un salon de thé.

La flexibilité des horaires peut aussi devenir un inconvénient lorsque la vie professionnelle prend de plus en plus de place dans la vie personnelle. Travailler le weekend, répondre à des appels de clients en soirée. Il faut faire attention à ne pas en faire de trop, et veiller à trouver le juste équilibre entre les moments de travail et ceux de détente. 

Oser se lancer !

Enfin, être en indépendant signifie moins de stabilité dans les revenus. Il faut donc être bien organisé.e et rechercher de nouveaux clients sans cesse afin d’éviter les creux d’activité. Cela nécessite une certaine rigueur dans le travail. Résister à la tentation de se lever plus tard un matin, de faire des choses dans la maison ou d’aller faire du shopping sur les temps où il est prévu de travailler !

Pour ma part, même s’il m’arrive ponctuellement d’y déroger, je me suis fixé des horaires, avec des pauses définies. Comme ce que j’avais dans mon ancienne entreprise en fait.

Selon moi, les mots-clés pour l’entrepreneuriat, a fortiori pour une femme de marin, sont : organisation, rigueur et passion.

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Rigueur et organisation sont indispensables pour exercer en freelance.

Que conseillerais-tu à une femme de marin qui souhaiterait se lancer dans cette voie ?

Ne pas penser que l’on peut tout gérer seule ! Il faut absolument être entourée et conseillée. Que ce soit via des organismes, des coachs, un réseau d’indépendants, et même les amis et la famille. Il faut parler de son projet et ne pas se lancer tête baissée.

Par ailleurs, ce soutien permettra de mieux se relever en cas de coup dur. En effet, les débuts sont souvent difficiles. Il faut trouver son rythme, affiner ses offres et surtout trouver un équilibre entre la vie pro et la vie perso. 

Enfin, il faut oser ! C’est généralement le plus difficile. Sauter le pas m’a pris quelques années mais, après presque une année en indépendant, je ne regrette absolument pas. Et si l’aventure doit s’arrêter pour x ou y raison ? Ce ne sera jamais un échec. Entreprendre apporte toujours beaucoup, aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan personnel (autonomie, confiance en soi…).

Curiosité, créativité et autonomie

Quels sont les pré-requis pour exercer ce métier ?

Afin de devenir chef de projet digital, webmaster ou rédacteur web, métiers adaptés au nomadisme digital, il ne faut pas obligatoirement faire de grandes études. Bien sûr, il faut des bases solides en digital et/ou marketing digital. Mais il existe aujourd’hui de nombreuses formations publiques et privées, dont beaucoup peuvent se faire à distance. 

En revanche, ce qui est important, c’est la curiosité. Il faut sans cesse continuer à se former en lisant beaucoup, en écoutant des podcasts, en testant… Il faut également un minimum de créativité, mais cette qualité s’intensifie avec le temps.

Enfin, je dirais qu’il faut de l’autonomie et savoir être force de proposition. Mais cela s’apprend généralement “sur le tas” et dépend également beaucoup des clients.

En dehors du pro

En tant que femme, qu’est-ce que tu aimes faire quand ton marin est en mer, que tu ne fais pas quand il est là ?

Prendre du temps pour moi. Je pense que les missions sont des moments parfaits pour se faire chouchouter, en institut ou à la maison, faire des journées cocooning entre filles, des virées shopping …

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La mission du marin est une bonne opportunité de prendre du temps pour soi.

Ce que je fais également, c’est d’aller voir ma famille ou des amis dans toute la France, ou parfois à l’étranger. Encore une fois, l’avantage avec mon métier, c’est que je peux travailler de n’importe où.

Et pour ton marin, y a t’il un truc que tu fais pour lui adoucir le temps loin de la maison ?

Quelle que soit la mission, nous essayons de rester en contact un maximum par mail, ou par messages lorsque cela est possible. Et, grâce à mon métier, je peux également le rejoindre en escale. Cela lui permet de “couper” la mission. 

Enfin, ce qui me tient réellement à coeur, ce sont des vidéos des moments importants de ma journée. Un achat pour la maison, un dîner entre amis, des ballades… Par exemple, cet hiver j’étais en Guadeloupe et lui en mission : à chaque lieu visité, je lui ai fait une vidéo pour lui montrer le lieu et lui donner quelques explications. Ensuite, soit je parviens à les lui envoyer, soit je lui montre tout à son retour. 

Y-a-t’il autre chose que tu souhaiterais partager ? Un conseil, une question que je n’ai pas posée ?

Il ne faut pas oublier que, à un moment ou à un autre, nous avons choisi d’être femme de marin. Il ne s’agit donc maintenant pas de subir les départs en mer mais plutôt de les voir comme des opportunités, et vivre au jour le jour. Je pense que pour être femme de marin, il faut être très autonome et surtout très bien entourée. 

Avoir une activité professionnelle passionnante permet d’être davantage occupée durant les missions. Ces périodes d’absence et de manque sont une nouvelle étape dans le couple, mais également des moments où l’on peut se recentrer sur notre vie de femme et/ou de maman.

Pour notre part, nous n’avons pas encore de mini-nous à la maison, mais j’espère pouvoir devenir une femme de marin, maman et entrepreneure. Car, oui, cette vie est tout à fait possible lorsque l’on est bien entourée, motivée et avec une touche de créativité. 

Pour aller plus loin

Si tu souhaites découvrir la palette des services proposés par Constance, tu trouveras toutes les informations sur son site et son profil LinkedIn.

Pour en savoir plus sur le nomadisme digital, je t’invite à consulter les Nouveaux Travailleurs, le blog d’Isis, une web entrepreneure inspirante.

Constance a évoqué les aides à la création d’entreprise. Tu pourras notamment trouver des infos sur le site des Chambres de Commerce et d’Industrie et celui de l’association BGE.

Si tu t’intéresses au nomadisme digital et que tu veux te former aux métiers de la branche, tu trouveras des formations chez LiveMentor. Lucie Rondelet propose, quant à elle, une formation en rédaction web. Ces formations sont, ou seront prochainement, finançables grâce à ton Compte Formation. D’ailleurs, si tu ne l’as pas encore fait et que tu as déjà travaillé, n’attends plus pour créer ton compte et voir de quel budget formation tu bénéficies.

Avais-tu déjà songé au nomadisme digital pour pouvoir suivre ton marin partout ? L’expérience de Constance te donne-t-elle envie de sauter le pas ? Dis-moi tout en commentaire !

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